jeudi 9 juin 2011

Tu es partie


Tu es partie définitivement et je ne te verrai pas vieillir
Je ne verrai pas la vieille dame  gaffeuse et rieuse  que tu promettais de devenir ;
Tu te rappelles les fou rires que nous avions ensemble quand le poids des soucis était tel que nous finissions par nous moquer de nous mêmes 
Pliées en deux, ça débordait  de partout,
Nous redevenions pour un moment des enfants complices et légères d’être ensemble.

Tu aimais me parler Toune, quelques fois des heures au téléphone.
J’aimais te dire mes avancées près de ma psy, pour te faire avancer aussi, car la question et la souffrance relative  à cette foutue  absence de père étaient aussi la tienne.
Nous ne nous ressemblions pas Toune
Mais le regard porté sur nos liens et nos éprouvés étaient très semblables
Nous avions pris l’habitude depuis bien longtemps de confronter notre façon d’être au  monde,
 De comparer notre taille, notre poids, nos rides aussi depuis quelques années

En un mois, tu sais, j’ai pris un sacré coup de vieux.
Les crèmes n’y peuvent rien, quelque en soit le prix,
Les rides se sont multipliées, les traits se sont creusés,
Signes du ravage qui affecte mon corps,
Après celui de ton propre corps qui lui ne se voyait pas.
Tu étais très belle ma Toune
« Ma belle, ma toute belle endormie » comme je te le chuchotais dans l’oreille.
Une fois pourtant  je t’ai vu  réveillée quand ils ont arrêté le curare.
Cette image de toi éveillée malgré tes paupières baissées
reste fixée et m’obsède alors que je cherche le sommeil
Je ne peux oublier tes larmes, ton mouvement de tête qui disait non, tes sourcils  froncés, tes lèvres qui prononçaient des mots que je ne pouvais pas entendre.
Que voulais tu nous dire ma Toune ?
 Je t’ai vu telle une tout petite fille, avec cette moue dont je me souviens  de toi enfant
J’ai pensé que tu appelais maman car tu souffrais ma Toune
Non tu n’avais pas mal physiquement,
Mais tu souffrais,
Tu savais sans doute que tu allais nous quitter.
Je reste avec le sentiment  que tu ne voulais pas mourir
 mais que toute cette assistance devenait insoutenable pour toi.
Tu souffrais aussi peut être de nous voir nous accrocher à toi, continuer d’espérer
Alors que toi, tu savais et avais déjà du renoncer.

Les larmes reviennent mais n’allègent rien.
Si tu savais  ma Toune comme ton absence me fait mal,
Comment c’est dur de continuer à vivre sans toi

lundi 23 mai 2011

Traces





J’ai marché dans tes pas,
Dans les pas que tu avais parcourus quand tu espérais tant savoir à qui tu ressemblais.
Je suis allée sur les traces de notre passé commun,
Sur les traces du secret qui nous liait tout autant que notre gémellité
Comme toi je me suis fais « jetée » par une « demi sœur »incrédule
Une femme maintenant âgée, acariâtre et défensive.
Je me suis promenée dans le parc du château, j’ai pris des photos.
Je n’envie pas cette femme qui a eu ce triste château en héritage
Il aurait bien besoin d’être restauré,
Y vivre doit être très inconfortable.
Et puis elle semble si pitoyable toute châtelaine qu’elle est.

Je lui ai écrit étant donné qu’on ne peut pas lui parler,
Mais n’ai toujours pas envoyé cette lettre.

Qu’est ce que je vais gagner à l’importuner avec cette histoire ?

dimanche 22 mai 2011

j’ai repris le travail


Toune j’ai repris le travail
J’essaie de garder la face,
 Je me maquille le matin soigneusement comme pour cacher
les traces de ton absence sur mon visage
Je dis que ça va…

Je dis que ça va
Mais je ne peux retenir les mots
Je parle de toi, de ta beauté, de ta gaité, de ta chaleur,
De toutes ces qualités dont tu n’avais pas conscience
Je dis  la confiance que tu avais dans ces  mandarins de pacotille,
Je dis ma colère qui m’aide à supporter la souffrance.

Tu vois ma psy ne suffit pas à éponger les mots qui se répandent
D’ailleurs je suis aussi en colère contre elle,
Parce qu’elle baille, semble fatiguée ou s’ennuyer,
Un peu comme Maman, tu te rappelles ?
Quand on voulait lui parler et qu’elle n’était jamais disponible

J’ai invité ton homme à manger à la maison
Je n’ai pas ton talent de cuisinière mais il s’en accommode
Lui aussi a besoin de parler de toi
Je vois son regard perdu sans toi, les larmes qui perlent
On essaye de parler d’autres choses comme de DSK,
En voilà un sujet distrayant,
Mais on en revient à toi,
Et on pleure ensemble
Comme dans sa voiture après qu’ils nous aient  annoncé
Qu’ils allaient arrêter l’assistance
Nous n’avions plus de mots, ni l’un ni l’autre,
que des larmes et des reniflements qui brisaient le silence.

vendredi 20 mai 2011

je n’y arrive pas


Toune je n’y arrive pas

Je n’arrive à penser que tu ne reviendras pas
Je t’ai vu dans ce lit de la REA, avant qu’ils débranchent tous ces tuyaux,
Je t’ai vu après,  quand l’image de ton corps n’était déjà plus le tien, 
Je t’ai dans le salon mortuaire, entourée de ton dernier berceau de fleurs,
Je t’ai vu dans ton cercueil
Et on m’a dit que tes cendres sont  dans cette petite case du cimetière,
Mais non,
Rien n’y fait
Tu es en voyage et tu vas revenir
Tu vas rire de cette mauvaise blague, 
Tu vas aussi pleurer et nous dire ce que tu essayais de nous dire alors que le son ne pouvait pas sortir de ta gorge
Ta peur, ta souffrance, ton amour pour nous tous,
Je te dirais aussi ma peur de te perdre, ma souffrance, tout mon amour et ma tendresse de jumelle.

Toune tu reviens quand ?

vendredi 6 mai 2011

TOUNE 2


Toune , je n’arrive pas à m’enlever de la tête qu’un bout à l’autre de la chaine médicale, ils sont tous responsables de ta mort.
En premier, ce cardiologue qui n’a pas voulu entendre que ce foutu médicament prescrit, la cordarone , avait sur toi plus d’effets négatifs que positifs.Je suis persuadée que ta fatigue, ton essoufflement, les bronchites à répétition avant ton opération étaient du à ce traitement qui on le sait, induit une prise de poids, une hypothyroïdie, de lésions pulmonaires . Sans doute est-il responsable du SDRA post opératoire.
Ce cardiologue n’a pas voulu entendre et a insisté pour que te tu te fasses réopérer en urgence.
En second, le chirurgien qui n’a pas pris le temps de bien évaluer ton dossier.Il t’a affirmé qu’à l’heure actuelle cette opération ne comportait pas plus de risques qu’une appendicite, qu’ils étaient chevronnés puisqu’ils posaient des valves cardiaques des centaines de fois par an.
Seulement il a oublié la veille de te faire une radio pulmonaire et c’est toi étonnée, qui l’as réclamée. L’a t-il seulement regardée. ?
Il a longtemps hésité en voyant l’état de ton cœur  ouvert et a pris la mauvaise décision en essayant de réparer  la fuite mitrale au lieu de poser d’emblée une valve et en t’exposant ainsi à deux opérations coup sur coup  et a une durée de CEC bien trop longue.
Les anesthésistes ensuite, en prise avec une guéguerre d’Ego avec les chirurgiens. Ils ont clairement incriminé l’équipe chirurgicale et nous ont, sans ménagement aucun, dit que   tu ne survivrais pas et qu’ils n’y étaient pour rien.
Les mêmes, ont mis huit jours à s’apercevoir que la canule qui reliait l’oreillette de ton cœur à la pompe cardiaque était bouchée, et t’ont exposée à une quatrième opération en 10 jours.
Alors qu’ils nous affirmaient tous les jours que ton état était perdu nous nos accrochions à ta capacité de résistance : ton cerveau n’avait pas subi de dommage, tes reins fonctionnaient bien, le foi régissait un peu mais n’avait pas de lésion.
Pourquoi le WE de Pâques, t’ai je vu clairement respirer alors que tu étais sensée être en apnée avec l’intubation ? (Tube déplacé ?)
Pourquoi ce clampe laissé sur le tuyau reliant ton corps à la pompe ECMO?
Faire en sorte qu’on  accepte qu’ils te débranchent en te voyant devenir livide et souffrir ?
 Oui, trois semaines en réa ça coûte très cher à la sécu .
Quel est le prix d’une vie ?

la messe est dite


La messe est dite comme on dit
Tu voulais partir la première voilà qui est fait
Tu me laisses face à un vide et une souffrance que je ne soupçonnais même pas pouvoir éprouver
Maintenant je sais:ça fait plus mal de perdre sa sœur jumelle que de perdre sa mère.
Quand maman est morte on pouvait au moins pleurer dans les bras l’une de l’autre. Ensemble, on s'est toujours senties plus fortes
Tu es partie et je me sens désormais totalement orpheline . Tu étais ce qui me restait  et me reliait notre père biologique.
Tu ne savais pas que cette force que tu sentais en moi c’était toi qui me la donnais.
Ma Toune, que c’est difficile de parler de toi au passé.

L'église, il y a quelques jours,  était pleine de fleurs et d’amis que tu avais su réunir autour de toi  
Je t’avais dit que je ne voulais pas de cette nouvelle opération, que  n'avais pas confiance malgré les progrès techniques actuels. Des  chirurgiens comme Christian Cabrol il n’en existe  pas beaucoup.

C'est injuste et j'ai un immense chagrin. J'aurai tellement voulu avoir tort

l'absente

Je suis retournée la voir après sept semaines d'interruption due aux vacances. (Elle, ma psy, en a beaucoup plus que moi)
J'y allais à reculons, l'angoisse suspendue entre elle et moi ; sans que j'en comprenne bien la raison ; j'ai un moment envisagé de ne pas y retourner. A quoi bon ? à deux ans de la retraite, non, deux et huit mois grâce à notre très, très cher président et toute sa clique.
J'avais repris le travail depuis trois semaines et déjà, la haute idée que j'ai de mes compétences, traçait son chemin intérieur.
Quel miroir de vous même on vous a tendu enfant ?
Qu'est-ce que vous avez vu dans le regard de votre mère et de votre entourage ?
Je ne sais pas ; j'ai tout oublié.
Qu'est ce qui nous reste de ces semaines qui ont suivi notre naissance ?
Je sais que je suis restée plus longtemps que ma sœur jumelle en couveuse, alors qu'elle était beaucoup plus fragile que moi. Qu'on nous y a baptisées en urgence.
L'espérance de vie de ma sœur étant si incertaine, le personnel de la maternité a peut être pensé qu'elle devait être près de sa mère.
Je sais l'angoisse de ma mère face à cette enfant avec un cœur comme une passoire, constamment malade et hospitalisée pour être mise sous oxygène.
J'ai longtemps espéré être malade comme elle, pour qu'on m'hospitalise moi aussi. Je crois y avoir d'ailleurs réussi une ou deux fois. Quand j'ai vu ma sœur sous sa tente à oxygène, je me souviens que je ne l'ai plus du tout enviée d'être malade.
Plus de six mois par an, pour passer l'hiver loin de l'humidité bretonne, elle devait partir dans un aérium dans les alpes du sud.
Toutes les pensées de ma mère se tournaient alors douloureusement vers l'absente.
L'image dans le miroir :La douleur de l'absence ...


vendredi 15 avril 2011

bonbardement


Me remettre devant ce clavier depuis tout ce temps…
Mes mots ont pris désormais l’habitude de se déposer ailleurs, dans une oreille,  sous un regard qui est là pour ça 
Mais depuis dix jours ça ce suffit pas
Depuis dix jours je suis, (nous sommes) soumise à un bombardement d’émotions non stop, ballottée entre l’espérance et la désespérance la plus profonde
Ma sœur jumelle est entre la vie et la mort  après une opération à cœur ouvert sensée permettre à son vieux cœur rafistolé de fonctionner encore.
La CEC (circulation extra corporelle) a duré trop longtemps.
Elle a fait une réaction inflammatoire aiguë avec détresse respiratoire
Réopérée en urgence elle a fait deux arrêts cardiaques et mise en coma artificiel et assistance circulatoire et intubée pour l’aider à respirer.
Les réanimateurs sont extrêmement pessimistes sur ses chances de s’en sortir
Je ne suis absolument pas prête à la laisser partir.