dimanche 31 août 2014

pavé dans la mare


Qu’est ce qui me prend de lancer de tels pavés dans la mare ?’
Qu’est ce qui me prend d’ouvrir en grand les placards et d’en retirer ce qui y était précieusement et silencieusement caché.
Le besoin de dire et d’exposer au regard de tous ,le fameux secret, dire les Noms , dire que le droit de cuissage dans les fameuses familles « nobles » existait encore en 1952 .
Aujourd'hui les principaux acteurs sont morts , plus rien ne peut venir me péter au visage
Ma façon d’affirmer que j’existe dans cette histoire là, m’auto- reconnaître puis que je ne l’ai pas été.
Depuis le décès de Toune, j’ai le sentiment d’être en sursis , de prendre du « rab »mais que ça ne va pas durer.
J’ai fait le choix de demander mon départ en retraite même si je n’avais pas toutes mes annuités et subit donc cette fameuse décote qui écorne sacrément la rente mensuelle.  
J’ai été de toutes les manifs contre cette réforme dont l’objectif était bien de réduire les pensions
J’ai affirmé que je voulais laisser ma place aux jeunes (ce que je pense réellement) mais je ne supportais surtout plus d’endosser mon rôle social , faire semblant d’aller bien et d’être encore disponible pour les autres

Depuis, je m’active tant et plus dans la maison qui s’est agrandie et se transforme petit à petit en une nouvelle maison.

là aussi, le sentiment d’urgence m’assaille comme si le temps m’était compté, que bientôt je ne pourrais plus monter et descendre de mon escabeau pour repeindre les plafonds, enduire les murs à la chaux.
La fin de Toune est venue donner une limite à ma propre existence.
Très régulièrement le manque de sa présence m’envahis et me met à terre.
Punaise, il a fallu qu’elle me quitte pour que je prenne conscience de la force de ce lien gémellaire .
Pour moi, pour elle , j’écris, je crie que nous sommes les filles DE…

chateau de grillemont aquarelle


Numériser 7
Aquarelle signée par M.C. Vaujour, donnée à ma mère par Mr le Fer de La Gervinais, seule trace concrète de la  relation qui a présidé à notre conception .
Derrière l'aquarelle , il est écrit à la plume : Château de La Gervinais Grillemnont

Après la mort de ma soeur jumelle et en sa mémoire, (elle voulait tant savoir à qui elle ressemblait) je suis allée sur les traces de notre père biologique  entre aperçu et désigné comme tel par ma mère, il y a plus de cinquante ans.
Le château existe bel et bien . Une de ses filles y  habitait encore en 2011, agée  du même âge que celui qu’aurait eu notre mère si elle vivait encore.
En rencontrant cette dame et en entendant ses dénégations à propos de son père, j’ai été prise d’un doute concernant la véracité de ce nous avait dit ma mère.
Je crois aujourd’hui que notre mère ne nous a pas  menti et n’ affabulait  pas.
Effectivement, ce châtelain ruiné, produisait du lait et des légumes qu’il vendait aux alentours de Lanvallay .
Pas plus que Toune  je n’ai pu voir un portrait de ce Monsieur le fer de la Gervinais et savoir si Elle lui ressemblait.
S’il est vrai que ma mère était très naïve et pouvait être crédule je n’ai jamais eu de son vivant le sentiment qu’elle nous mentait.

lettre à Mme A. née LE FER DE LA GERVINAIS

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 CHATEAU de GRILLEMONT
                                             Madame



La mort d’un parent très proche vient réinterroger nos origines et le besoin de retrouver les traces d’une réalité historique avec lequel nous nous sommes construits.
Ma sœur jumelle et moi avons grandis avec un secret que nous avons protégé prudemment jusqu’ à la vieillesse de nos parents. C’est la raison pour laquelle nous ne vous n’avons pas cherché à vous rencontrer plus tôt

Étant donné qu’il m’a été impossible d’échanger avec vous sans que vous vous sentiez immédiatement agressée, et deveniez menaçante, je me permets de vous contrarier à nouveau en vous écrivant cette histoire qui est aussi un peu la votre.

. Je le dois à ma sœur jumelle décédée le 26 avril 2011, suite à une deuxième opération à cœur ouvert pour malformation cardiaque.

Nous sommes nées le 22 avril 1952,à l’hôpital de Dinan, jumelles prématurées, conçues sans doute en Aout 1951, d’une relation entre votre père Monsieur Le Fer de la Gervinais et ma mère Madame Ginette G.née Kopenhague
Nos parents légitimes habitaient à l’époque au 12 rue de Général de Gaule à Dinan.
Le père qui m’a reconnue comme fille travaillait comme employé SNCF à la gare de Dinan et était souvent en déplacement à Paris.
Votre père, noble ruiné nous a indiqué notre mère, venait livrer du lait et autres produits de la ferme aux familles proches de Lanvallay.
Ma mère, déjà mère de quatre enfants a ainsi rencontré votre père quand il venait lui vendre du lait
Ma mère était une jeune et très belle femme, proche sans doute de votre âge à l’époque: 26 ans.
Suite à une rencontre fortuite, avec vous ou votre sœur, devant la devanture d’un magasin de chaussures à Dinan, ma mère nous a révélé le secret de notre filiation paternelle. Nous avions l’âge de 7 ou 8 ans.
Ma mère vous a désigné, en nous dévoilant que vous étiez notre demi sœur et fille comme nous de Monsieur Le Fer De la Gervinais
Difficile de croire à une telle révélation à cet âge. Notre mère nous a parlé des circonstances de notre conception, justifiant l’adultère par la gentillesse de votre père qui l’a séduite et lui donnait du lait gratuitement pour nourrir ses enfants
Par la suite Nous sommes régulièrement allées à la messe dans une chapelle de la caserne militaire Beaumanoir, parce que votre père s’y rendait et que nous pouvions le voir entouré de votre famille..
Je me souviens d’un homme très âgé, élégant, avec bottes et pantalons de cheval beige.
Il nous avait offert un petit vêtement de laine après notre naissance que nous portons sur une photo. Il avait également donné à ma mère, une aquarelle représentant le château de Grillemont
Pendant un certain temps, votre père a continué à livrer du lait et est venu voir ma mère dans la cité HLM de rue Beaumanoir où nous avions déménagé après notre naissance.
Ma sœur ainée se souvient avoir joué dans le parc de château de Grillemont et l’avoir vu quand il venait, rue du général de Gaule. Elle avait cinq ans et demi.
Une grande amie de ma mère, toujours vivante, nous a également affirmé qu’elle était dans la confidence, et savait que l’homme qui venait voir ma mère dans la cité HLM, était un châtelain du nom De la Gervinais.
Nous sommes également allées avec ma mère à son enterrement et sur sa tombe en 1963 je crois.

Il vous plait sans doute de croire que ma mère nous a raconté des histoires ou des « conneries » comme vous me l’avez dit.
Peu importe que vous me croyez ou non, je sais que ma mère nous a dit la vérité, même si cette vérité heurte l’image que vous avez du couple de vos parents et est difficilement entendable par vous.
Ma mère n’avait aucune raison d’inventer une histoire pareille et n’a jamais chercher à importuner votre famille ou votre père C’est une histoire banale de nos jours mais je peux comprendre qu’elle soit dérangeante pour vous
La démarche de ma sœur jumelle Chantal, il y a 5ou 6 ans, de venir vous voir était en lien avec son questionnement et son désir de savoir à qui elle ressemblait.
J’ai eu personnellement la chance de beaucoup ressembler à ma mère, alors que ma sœur jumelle ne me ressemblait pas, ni à aucun autre d’entre nous. (Nous sommes des jumelles hétérozygotes)
Elle souhaitait seulement avoir une photo de votre père.
Vous l’avez jetée, comme vous avez jeté son fils unique, il y a presque un an, quand il venu, en mémoire de sa mère décédée, faire cette même démarche.
Avec beaucoup d’ « amabilité » vous m’avez à moi même lancé « que c’était très bien, qu’elle n’avait plus de soucis puisse qu’elle était morte »

Comme beaucoup de jumeaux nous étions ma sœur et moi très proches, tant sur le plan affectif que par ce secret sur nos origines. La question de ma sœur et sa quête sur nos origines est devenue la mienne.

Peut être allez vous jeter cette missive sans même prendre le temps de la lire.
Dans ce cas, cette dernière tentative d’avoir une photo de notre  père biologique restera vaine.

lettre restée sans réponse à ce jour

le debut de l'histoire

L'histoire commence par une naissance : celle d'une petite fille prénommée Odile ..
Née au début du siècle dans une ferme de la campagne normande, entourée de quatre frères et d’une sœur,
elle grandit au milieu des champs, pendant que la guerre (la première) se déroule loin d'elle.
Elle était très belle dit la légende familiale. Du moins, elle le croyait suffisamment pour avoir l'ambition de "monter" à Paris à 17 ans faire carrière .Elle cherche l’ascension sociale et aspire à mener une « vie bourgeoise ».
Apres guerre, le cinéma connait un nouvel plein essor.
Pourquoi ne pas tenter sa chance ?

On lui avait parlé d'un rôle  dans un film sur Adam et Eve, ses longs cheveux pouvant cacher sa nudité.
Bref, elle est sans doute  tombée sur des beaux chanteurs comme il en existe encore aujourd'hui qui font  croire aux filles crédules et naïves  qu'on leur offre la gloire sans rien demander en retour.
A défaut de tourner dans un film, elle fait des rencontres : des hommes, charmés par cette belle fille entrepreneuse.
Elle apprend vite et sait rapidement les choisir.
Elle est née pauvre et ne veut absolument pas le rester.
D'une de ces rencontres, avec un Arménien nous a t-on dit
une petite fille : Geneviève   (ma mere) verra le jour.
Odile. a 19 ans .
De ce père, la petite fille connait le nom évocateur de contrée lointaine et exotique pour une petite fille élevée à Paris : Albert Aharon Aharon Nissim
Odile  a dit à sa fille  qu'il était beau, gentil  et cultivé et parlait sept langues. Il travaillait dans l'import export et venait  voir sa fille quand il était à Paris.
Il subviendra financièrement à ses besoins mais ne la reconnaitra pas .
Nous sommes en 1925 ...